Avis Annette – Adam Driver magnifique en ouverture sauvage cannoise

Leos Carax est l’anarchiste rusé du cinéma français dont les sorties sont malheureusement rares. Maintenant, il a rompu la couverture avec cette fantasia folle qui aboie, une tragédie musicale presque entièrement chantée créée avec Ron et Russell Mael de Sparks, un groupe que l’on croyait autrefois relégué aux clips YouTube de Top of the Pops des années 70 mais qui a maintenant un moment, grâce à cela, ainsi qu’un prochain documentaire à leur sujet par Edgar Wright intitulé The Sparks Brothers, et en effet leur apparition dans une bande dessinée Viz avec le grand philosophe socialiste – Marx et Sparks.

Ron et Russell font leur première apparition ici dans un studio d’enregistrement avec Carax derrière la vitre. « Alors, pouvons-nous commencer ? » demande le directeur. Et c’est ce qu’ils font, avec les Maels, Carax, ses stars Marion Cotillard et Adam Driver et toute la distribution chantant alors qu’ils sortent du studio et descendent dans les rues du centre-ville de Los Angeles, prêts à commencer l’action tout à fait bizarre.

Des moments extraordinaires… Adam Driver et Marion Cotillard dans Annette. Photographie : AP

Ce film nous livre le fanatisme du mannequin ventriloque de Cavalcanti dans Dead of Night, la haine de soi de James Mason dans A Star Is Born, le dysfonctionnement père-fille désespéré des Yeux sans visage de Georges Franju (dont Carax a fait référence dans son dernier film, Holy Motors) et peut-être plus évidemment la tristesse stridente du Fantôme de l’opéra d’Andrew Lloyd Webber. Soyons d’ailleurs pas trop snob à propos d’Andrew Lloyd Webber – la chanson titre « Love Never Dies » de la suite de Phantom a été utilisée dans un film par non moins une sommité du cinéma mondial qu’Abbas Kiarostami.

Driver joue Henry, un comédien agressif à LA avec une réputation controversée et une carrière en déclin, traînant dans les coulisses comme Jake LaMotta dans une robe de boxeur, fumant une cigarette, puis venant jeter la robe révélant un gymnase construit corps. Il appâtera le public avec ses riffs hostiles et ses interludes de chant (pour lesquels il a un chœur d’accompagnement), mettant parfois en scène de fausses attaques au pistolet de style Bataclan horriblement insipides juste pour choquer tout le monde. Bien sûr, les comédiens fictifs faisant leur numéro dans les films ont les mêmes problèmes que les artistes fictifs montrant leurs peintures fictives. C’est censé être bien ou pas ? Eh bien, l’acte d’Henry n’est clairement pas destiné à être conventionnellement drôle.

La première d'Annette à Cannes.

Henry est en couple et amoureux de son contraire, Ann, une chanteuse d’opéra charismatique et d’une beauté exquise interprétée par Cotillard, que Carax imagine magnifiquement seule sur des décors colossaux, quasi expressionnistes. Elle est issue du plus haut de la haute culture, sa réputation étant jalousement protégée par le chef d’orchestre de l’opéra (joué par Simon Helberg, l’accompagnateur effacé de Florence Foster Jenkins) qui n’est pas si secrètement amoureux d’elle lui-même. Après la représentation, le petit ami bad boy d’Ann se présentera à l’extérieur de l’opéra sur sa moto et l’emmènera dans leur belle maison dans les collines pour faire l’amour. Bientôt, Ann est enceinte, mais elle est troublée par des rumeurs (ou des rêves) selon lesquelles Henry agressivement macho est sur le point d’être frappé par une affaire #MeToo.

Leur relation se termine par une tragédie – et il y a quelque chose de très inquiétant chez leur petite fille, Annette, qui ressemble à une marionnette en bois et peut chanter avec la voix incroyable et adulte de sa mère. Bientôt, Henry de plus en plus chagrin, fou et humilié se consacre à être le svengali à temps plein d’Annette. Tous les espoirs que nous aurions pu avoir que cela pourrait bien se terminer doivent être anéantis.

Une qualité de mauvais rêve… Annette.

Le mauvais rêve d’Annette vient tout particulièrement des scènes de « public de théâtre » que Carax met en scène à plusieurs reprises pour Henry, Ann et Annette : immenses banques mystérieuses de visages transportés par la passion ou sceptiques ou mutins. Sont ils réels? Sont-ils un rêve? Il y a quelque chose de buñuelien dans leur présence massive.

Annette est un spectacle franc, déclamatoire et fou, vacillant au bord de la falaise de sa propre dépression nerveuse, exigeant que nous ressentions sa douleur, ressentions son plaisir et le prenions au sérieux. Je pense que ce n’est pas aussi imaginatif et complexe que le film précédent de Carax, Holy Motors, et j’ai été un peu déçu qu’il y ait relativement peu de choses à faire pour Marion Cotillard. Mais Adam Driver a une magnificence maligne, ce visage équin perd progressivement de sa noblesse à mesure qu’il devient plus violent et déprimé et vieillit finalement d’environ 30 ans.

Adam Driver et Carax dans le public avant la première d'Annette.

Et il y a des moments extraordinaires, comme le duo de Cotillard et Driver On s’aime tellement qu’ils font l’amour et que leur bébé naît de façon cauchemardesque avec un visage de clown. Je peux imaginer cela comme un album concept, un spectacle de Broadway, peut-être une installation in situ dans la maison de LA qui est montrée dans le film. C’est un évanouissement d’anxiété et de ravissement.

Annette sort au Royaume-Uni le 3 septembre

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