L’été en ville : Un Igoni Barrett lors d’un trajet en bus pluvieux à Lagos

jeIl avait plu toute la journée comme une vieille chèvre fait pipi, par à-coups, avec des rayons de soleil entre les deux. C’était un jour de semaine en juillet 2007, l’année magique où j’ai déménagé à Lagos, et quelques mois seulement après le 9h00 qui m’a attiré. L’excitation de me réveiller tous les jours à 5 heures du matin et de prendre un bus danfo bondé pour le trajet de deux heures avait depuis caillé dans le cœur de mon écrivain en herbe. J’étais à l’arrêt de bus d’Obalende cet après-midi-là après le travail, sans bus en vue depuis 40 minutes et des rumeurs d’un embouteillage dans toute la ville tourbillonnant, quand la pluie a recommencé, une averse solaire, preuve, disent-ils, qu’un lion est être né.

Enfin un minibus apparut, sa couleur mangue trop mûre approchant comme un rayon de soleil. La foule autour de moi a bondi à travers les flaques d’eau et a commencé à tirer sur la porte battue, criant au conducteur au-dessus du cliquetis du moteur pour lui demander sa destination, puis se battant pour monter à bord avant même que le conducteur n’ait appliqué les freins. Les précipitations gonflent le désespoir des navetteurs de Lagos. Le plus fort fit irruption par la porte ouverte ; un jeune homme mince se glissa par une fenêtre ; et les autres furent repoussés, piétinés. J’étais l’un des forts que la fortune a favorisés cet après-midi-là.

Le minibus était un 14 places qui avait été vidé et repensé pour en contenir 20. Sur les plus de 50 personnes debout sous la pluie, 19 hommes et une jeune femme étaient montés à l’intérieur. Parmi les personnes restées sur place figuraient une mère allaitante et son bébé hurlant, un homme à la jambe flétrie, une dame âgée dont la fragilité lui aurait ouvert des portes les jours sans pluie. Dans les pluies mornes et interminables, même les notions de chevalerie s’éloignent de l’humidité. De plus, ce n’étaient que des visages mouillés par la pluie qui manquaient de chance, leurs expressions désespérées n’étaient pas de notre faute.

A Igoni Barrett : « Mon trajet de deux heures s’est étendu à quatre heures ce jour-là. » Photographie : Folarin Shasanya

Le chef d’orchestre au visage grincheux réclama son prix d’une voix prête à affronter les ennuis. Des hausses de tarifs étaient attendues les jours de forte circulation, mais cette fois, le tarif avait triplé. Des hurlements d’indignation déchirent l’air, mais le chef d’orchestre torse nu rétorque avec l’insouciance d’un capital-risqueur : « Payez ou partez. Personne n’était prêt à céder sa place, mais le prix pour rester était élevé. Nous avons abandonné notre protestation et avons commencé à mendier pour payer le double du tarif habituel, mais le conducteur n’a pas bougé. C’était un marché de vendeurs et il nous avait de bonjour.

Les passagers qui n’avaient pas assez d’argent pour couvrir le tarif gonflé sont devenus les plus bruyants pour ne pas descendre. C’est l’une de ces voix qui a crié au conducteur de laisser certaines personnes en porter d’autres sur leurs genoux. De cette façon, les deux pourraient mettre leurs ressources en commun et payer pour le siège qu’ils partageaient. Cette proposition a été imposée par la force du nombre, les espoirs à l’extérieur du bus joignant leurs voix à celles de l’intérieur pour étouffer la dissidence du conducteur et du conducteur. Et donc la mère a remis son bébé à la jeune femme à l’intérieur, puis a sauté à bord pour s’asseoir sur les genoux d’un homme étrange. Cinq autres personnes sont montées, y compris le boitant. Mais la vieille dame, si digne sur le mouillé, a refusé de s’imposer à qui que ce soit malgré plusieurs offres. J’aurais dû lui céder ma place, J’ai pensé après notre départ. Mais la pluie.

Mon trajet de deux heures s’est étendu à quatre heures ce jour-là. Les rumeurs d’arrêt de bus étaient vraies, comme le sont parfois les plus bruyantes dans cette ville bavarde, et nous avons rencontré un ralenti infernal sur les routes inondées. Il était là avant nous et serait là bien après que ce minibus trop plein de 27 passagers chanceux se soit effacé dans la mémoire. Car au coucher du soleil, les lionnes doivent cesser de mettre bas, et à chaque saison des pluies, le ciel s’ouvrira pour libérer une pluie torrentielle qui rajeunira la chèvre.

A Igoni Barrett est l’auteur de Blackass.

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