Une nouvelle centrale nucléaire a besoin d’un vaste approvisionnement en eau. Mais d’où Sizewell C l’obtiendra-t-il ? | Will Atkins

LLa semaine dernière, le gouvernement a donné son feu vert au développement d’une nouvelle centrale nucléaire sur la côte du Suffolk. Fournissant de l’électricité à faible émission de carbone pour environ 6 millions de foyers, Sizewell C se tiendra aux côtés de deux stations existantes, Sizewell B et la désaffectée Sizewell A. Je vis assez près pour voir le dôme blanc de 60 mètres de haut de Sizewell B presque tous les jours. Quand je veux me torturer, je regarde les «visualisations de la phase de construction» du développeur EDF du chantier de construction de 1 380 acres, avec ses immenses terrils et sa forêt de grues, et je me demande si c’est ce qu’il faudra pour sauver la planète.

Ce qui n’était peut-être pas immédiatement évident dans la couverture de la décision du gouvernement était que l’Inspection de la planification, chargée d’évaluer de tels projets, avait recommandé que l’autorisation soit refusée. Le problème, expliquent les examinateurs, est assez simple : EDF ne sait pas exactement où se procurera l’une des principales substances nécessaires au fonctionnement d’une centrale nucléaire, cette substance étant l’eau.

En plus de l’uranium, un réacteur du type qu’EDF envisage de construire a besoin d’eau en très grands volumes. L’eau salée suffira pour une partie du processus, ce qui est l’une des raisons pour lesquelles les centrales nucléaires sont généralement construites au bord de la mer. Mais il faudra aussi de l’eau douce ou « potable », d’abord pour refroidir les deux réacteurs, puis, tout aussi important, pour refroidir le combustible irradié une fois sorti des réacteurs. Pour cela, une eau absolument pure est indispensable. Sizewell B utilise environ 800 000 litres d’eau potable par jour ; Sizewell C, avec ses réacteurs jumeaux, aura besoin de plus de 2 millions de litres par jour, et jusqu’à 3,5 millions de litres par jour pendant la construction.

En septembre dernier, lors des audiences de clôture du concours public semestriel d’urbanisme, la question du juste le développeur allait obtenir l’eau pour faire fonctionner Sizewell C, sans parler de le construire, devenait urgent. Ceux qui avaient soulevé des préoccupations à propos de cette question précisément plus de 10 ans plus tôt auraient été pardonnés de se sentir frustrés. En tant que l’une des régions les plus sèches du pays, le Suffolk est décrit par l’Agence pour l’environnement comme «sérieusement stressé par l’eau». D’ici 2043, huit ans après le début de la durée de vie de 60 ans de Sizewell C, l’agence prévoit un déficit en eau dans le comté de plus de 7 millions de litres par jour. Northumbrian Water, qui opère localement sous les noms d’Essex et de Suffolk Water, avait clairement fait savoir à EDF qu’il n’y avait pas assez d’eau souterraine locale pour la construction ou l’exploitation. Le plan d’EDF était donc de construire un pipeline pour amener l’eau de la rivière Waveney, à 18 miles à la frontière du Norfolk. Pendant au moins les deux premières années de construction, pendant la construction de l’oléoduc, EDF a prévu d’installer une usine de dessalement temporaire sur le site pour transformer l’eau salée de la mer en eau douce.

Puis, en août, la compagnie des eaux a annoncé que ses licences de prélèvement dictant la quantité d’eau qu’elle pouvait extraire du Waveney, accordées par l’Agence pour l’environnement, étaient susceptibles d’être réduites jusqu’à 60% pour préserver les niveaux en aval. Il a par la suite confirmé que le Waveney n’avait, après tout, pas la capacité de fournir de l’eau pendant toute la phase de construction de 10 ans.

Le dessalement, ont noté les opposants au projet, était une solution qu’EDF lui-même avait écartée en janvier 2021 « en raison de préoccupations concernant la consommation d’énergie, la durabilité, le coût et le rejet des eaux usées ». Pourtant, le dessalement, avec tous les problèmes qu’il posait (dont le rejet en mer du Nord de millions de litres par jour de concentré salin et de phosphore), reste la solution « de repli » d’EDF pour exploiter la centrale, mais aussi pour la construire, si une autre source est introuvable. Northumbrian Water a depuis confirmé que: « Les ressources en eau existantes (y compris la rivière Waveney) ne seront pas suffisantes pour répondre à la demande prévue en eau du réseau, y compris la demande opérationnelle de Sizewell C. »

Pour sa part, le secrétaire d’État, Kwasi Kwarteng, a un « niveau de certitude raisonnable » que 2 millions de litres d’eau par jour seront trouvés ailleurs au moment où les réacteurs seront prêts à être allumés. Peut-être, comme l’a suggéré Northumbrian Water, en l’acheminant depuis l’Essex (bien que l’Essex ne soit pas surchargé d’eau); ou en réduisant les déchets ménagers ; ou en réutilisant les effluents. Il appartiendra à l’Agence pour l’environnement, à la Water Services Regulation Authority, à Natural England et à l’Office for Nuclear Regulation de s’assurer que tout est fait correctement au moment où une source d’eau – une sorte de source – est réglée.

Plus je regarde ces maquettes de chantier, plus elles ressemblent à une métaphore d’un autre type de spoliation. Compte tenu des déclarations du gouvernement intention construire un parc de nouvelles centrales nucléaires à travers le pays, il n’y a pas que les habitants du Suffolk qui ont des raisons de se demander ce que la décision du secrétaire d’État de se laver les mains du problème d’eau de Sizewell C dit sur la résilience des systèmes que nous confions avec la sauvegarde de notre environnement. Pourtant, les fondations seront posées, je suppose, et les grues se lèveront, et après 10 ans et 20 milliards de livres sterling (selon les calculs d’EDF), Sizewell C sera construit. Et quand vient le moment où ses réacteurs deviennent critiques, il y a sera être de l’eau, car s’il n’y en a pas, le Suffolk aura une nouvelle attraction touristique pour rivaliser avec le château de Framlingham : l’éléphant blanc le plus cher de l’histoire humaine.

Ce que ce fait accompli signifie pour les rivières et l’eau de mer du Suffolk, et encore moins pour les ménages et les agriculteurs du comté, ne sont pas des questions auxquelles on répondra avant le début de la construction. Il est éclairant, dans ce contexte, de considérer que les six derniers mois ont été les plus secs du Suffolk depuis plus d’un quart de siècle, et les plus secs d’Angleterre depuis 1976.

« Le secrétaire d’État n’est pas d’accord avec les conclusions de l’autorité chargée de l’examen à ce sujet », indique la lettre de décision de mercredi, « et considère que l’incertitude sur la stratégie d’approvisionnement permanent en eau n’est pas un obstacle à l’octroi du consentement au développement proposé ». Lors des audiences de planification de l’année dernière, deux histoires me revenaient sans cesse : le récit biblique de Moïse dans le désert, faisant jaillir de l’eau d’un rocher en le frappant avec son bâton ; et le conte des frères Grimm dans lequel un géant serre une pierre dans son poing et l’écrase jusqu’à ce que, finalement, l’eau soit expulsée.

William Atkins est l’auteur de The Immeasurable World: Journeys in Desert Places et The Moor

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